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Sur la piste du Festival

En suivant la piste du Festival, balisée, comme il se doit, de petits cailloux blancs, on rencontre forcément de nouveaux conteurs qui sèment des petits cailloux blancs pour les conteurs suivants, lesquels ont les poches bourrées de petits cailloux blancs qu’ils laisseront tomber sur la piste pour les conteurs qui vont les suivre, et ainsi de suite jusqu’à la clôture du festival sur la Scène Nationale du Creusot le jeudi 10 novembre à 20h30 avec ce fameux Dernier thé à Baden-Baden par Plonk et Replonk. Un spectacle flamboyant !!!

Tiens ? Voilà Christèle Pimenta qui vient « en voisine » pour présenter « Dame Martha » dimanche 9 octobre à 15 h à Alligny-en-Morvan dans la Nièvre.

Mais, est-ce possible ? voici encore Alberto Garcia Sanchez (on ne peut décidément plus se passer de lui…) avec le célèbre « Mystère Bouffe » de Dario Fo programmé le mardi 11 octobre à 20h30 à La Clayette, le mercredi 12 à 20h30 à Dijon, et le vendredi 14 à Cuiseaux.

Ah, Ibro enfin ! ou Ibrahima Bah, empêché l’an dernier pour cause de « résistance » justement (il nous racontera ça …!) Nous allons bientôt découvrir, du moins on l’espère, « Le Zéhéro » tant attendu ! A Chagny d’abord le mercredi 12 octobre à 20h30, puis à Digoin le jeudi 13 à 20h30, et enfin à Malay-le-Grand dans l’Yonne le vendredi 14 octobre à 20h30.

Et c’est Paray-le-Monial qui clôturera cette seconde semaine de Festival le samedi 15 octobre à 20h30, en accueillant le Théâtre de la Cheminée que dirige Sophie Talabot, avec son magnifique spectacle de marionnettes de l’année : Le Chant des Poulies, ou la naissance et la destruction de Cluny.

Mais ATTENTION ! Ce n’est pas FINI !!! Car le festival continue jusqu’au 10 nov.

Et si vous suivez pas à pas les petits cailloux blancs de la piste, vous remarquerez que le programme comporte encore de nombreux autres conteurs postés en embuscade tout au long du chemin. Ne les manquez pas surtout !

Et ne « manquez » pas non plus,sinon vous ne « manquerez » pas de le regretter…, la journée « IMAGINAIRE et RESISTANCE » programmée le SAMEDI 15 OCTOBRE, de 10h15 à 22h00 à SAVIGNY-sur-GROSNE, au lieu-dit Messeugne, près de Saint-Gengoux le National (patron des mal mariés…). C’est en Saône et Loire (71460).

Le Festival a invité ce jour-là un grand nombre d’artistes et de débatteurs pour témoigner, par l’intermédiaire de leurs talents oratoires et artistiques, des nécessaires résistances qu’il convient aujourd’hui de mettre en oeuvre pour défendre et promouvoir l’imaginaire, levain de toute création culturelle.

Comment ? Toute la question est là précisément !

Le Crieur Public de la Croix Rousse à Villeurbanne sera des nôtres, et commentera à sa manière toutes les questions et réflexions que vous lui soumettrez, en les écrivant sur les cartes postales qui sont à votre disposition à La Fabrique. Anonymat respecté.

Et à bientôt sur les pistes du Festival !

Geo

On ne peut pas bâillonner la parole…

Si celle d’Ibro (Ibrahima Bah), déjà censurée en Guinée par le Pouvoir, est également interdite en France pour le réfugié politique qu’il est devenu aujourd’hui, celle d’Abakar Adam Abaye, encore libre, la remplace aussitôt !

Comme déjà annoncé sur ce blogue, nous sommes donc contraints de retirer Ibro  de l’affiche cette année, mais il reviendra !

Pour l’heure, faisons connaissance avec son remplaçant malgré lui …, Abakar, dit aussi « l’enfant noir ».

Abakar Adam Abaye (bien garder l’ordre de ses noms svp), nous vient du Tchad. Et il présentera au programme du festival 2010 des Contes Givrés le spectacle « Le Troisième Oeil ».

« Ce qui est raconté ici, c’est l’envers du décor, le contraire des choses, l’ombre des objets et des sentiments, ce qui ne se distingue pas immédiatement au regard, mais que seul un troisième oeil peut révéler.

Rien à voir avec les bestiaires et autres fables exotiques, mais bien avec l’humain, avec ses espérances, ses colères, avec sa tendresse et ses doutes, quand tendresses et doutes sont les deux bâtons de marche de celui qui erre chez les humains.

Enlèvements et résistance, chants qui déchirent la Terre Mère, la transe d’une lame de couteau dans le ventre d’un être nocturne, la répétition scandée d’une voix venue de l’au-delà, voilà les ruisseaux d’un récit qui est conçu pour prendre l’oreille de l’Homme afin qu’il entende une partie de ce que son âme ignorait jusque là.

Accompagné par un n’Goni et un Tambour, Abakar Adam Abaye, a fait de sa voix une chambre d’écho, où la tonitruance traverse les harmonies habituelles.

Abakar Adam Abaye conte à la manière d’une urgence soudaine. Campé au sol et aérien dans sa gestuelle, il délivre plus qu’il ne transmet, ou transmet  comme pour délivrer quelque chose qui serait noué dans les récits ou l’auditoire. Il habite ainsi l’espace sans fioritures, peu d’effets sinon aucun, la main est autant tranchante que le regard cherche à fouiller les esprits, pour s’y engouffrer, tracer des lignes de tension ou d’apaisement. Le chaud et le froid. En même temps. Ou simultanément. Voilà sa façon de dire, égale à sa façon d’être.

Pour ce qui est du lien humain, entre celui qui dit et celui qui entend, c’est une expérience qui est recherchée, toujours et toujours d’une manière renouvelée.

Le Troisième Oeil est à voir à :

  • Digoin (71) le lundi 8 novembre à 20h30
  • Dijon (21) le mardi 9 novembre à 20h30
  • et également au Creusot (71) le mercredi 10 novembre à 20h30

Et ouvrez grandes vos oreilles pour que la parole africaine, loin d’être bâillonnée, s’élève haute et claire cette année au Festival. Et agisse, comme un écho qui se répète, de façon omniprésente ans cette XII° édition « historique »…

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Détails pour les réservations et adresse sur le site officiel des Givrés

Ibro n’est pas n’importe qui

Quand l’équipe de tournage de Françoise Ebrard s’offre un peu de délassement dans le restaurant d’une rue animée de Conakry, elle est sur le coup séduite par ce jeune serveur adolescent qui accueille tous les clients avec sourire et humour au bout des lèvres.
La réalisatrice observe le garçon, œil vif, aisance et déjà un talent tout naturel de comédien.
Elle comprend que ce garçon n’est pas n’importe qui et lui propose un des deux rôles principaux du film qu’elle est venue réaliser en Guinée, « Quelque part vers Conakry ».
Ibrahima Bah, qui avait déjà adopté le surnom-diminutif « Ibro » démarre ainsi sa carrière de comédien, en grimpant le tapis rouge de Cannes où le film est primé Caméra d’or en 1992.

Cette première expérience est fondatrice. Ibro sera comédien. Il continue son apprentissage auprès de l’Institut National des Arts de guinée, au sein du ballet Djoliba, jusqu’à venir prendre place au sein de la troupe nationale. Curieux et enthousiaste, il multiplie les collaborations avec les compagnies guinéennes mais aussi étrangères dont les françaises Générik Vapeur, Cartoon Sardines, Tartare. Ibro investit toutes les scènes des théâtres d’Afrique et devient une des figures de la jeune génération théâtrale de Guinée.
C’est après quelques années de métier qu’il décide de fonder sa propre compagnie. Elle aura pour nom « Alakabon Théâtre de Guinée ».

Ibro a une idée en tête. S’attaquer à l’œuvre de l’auteur guinéen Williams Sassine, décédé il y a peu de temps. Pour Ibro, qui mieux que Sassine chez les contemporains décrit avec cet humour féroce, l’absurdité et les travers d’une dictature de plus de trente ans, les faiblesses d’une société marquée par la colonisation, la vie d’un pays et d’un continent avec ses travers et ses grâces. Monter chaque texte de Sassine et porter son œuvre au-delà des frontières, voilà un projet de compagnie qui tient en haleine.

Après « L’Afrique en morceaux » et « L’Homme de sable », « Le Zéhéro n’est pas n’importe qui » est adapté pour la scène. Ibro y campe le personnage principal, un exilé de la dictature guinéenne, qui à la mort du chef d’état que tout le monde nomme PDG, se retrouve malgré lui, un héros de l’opposition au régime. Du caustique.

C’est cela qu’Ibro aurait eu le bonheur de vous montrer. Mais il en est autrement. Le comédien a revêtu malgré lui la situation du personnage qu’il incarne. La situation politique actuelle de la Guinée est très perturbée depuis deux ans. La grande violence des affrontements urbains de septembre 2009 et leurs poursuites ont poussé Ibro à faire la demande de l’asile politique en France. La procédure de l’asile politique est complexe, régie par un organisme d’Etat, l’OFPRA, Office Français pour les Réfugiés et Apatrides. La demande d’asile est basée sur l’examen de la dangerosité de la personne à retourner dans son pays pour justifier sa mise en sécurité sous notre drapeau.

La demande d’Ibro dure depuis janvier, soit plus de dix mois désormais. Le délai officiel pour réponse de l’OFPRA est en théorie de 6 mois. La situation politique en Guinée est en statu quo. Le deuxième tour des élections présidentielles a été reporté 2 fois en 3 mois pour cause d’affrontements et d’incendies de bureaux de vote. L’OFPRA ne décidera du sort des demandeurs d’asile guinéens que lorsque la situation politique du pays sera stabilisée. Nous pouvons désormais gager que cela durera encore un temps.

Ibro attend. Il attend qu’on lui donne une réponse, si oui ou non son asile sera accepté par la  France. Dans cette attente, Ibro vit en France légalement sous les conditions du demandeur d’asile. C’est-à-dire que ces derniers, puisque que l’on n’a pas encore statué sur leur cas, n’ont pas l’autorisation de travailler sur notre territoire. C’est bien là, le principal revers que la demande d’asile impose.

Le travail des étrangers en France est soumis à des règles très scrupuleuses et les conditions d’accès au travail ont été très drastiquement resserrées ces dernières années. Ibro est soutenu par la Cimade, organisme d’aide aux demandeurs d’asile et réfugiés, il a un réseau de soutien professionnel et amical en France qui lui permet d’endurer l’épreuve de l’attente et de la privation de son droit à travailler.

Le festival a fait tout ce qui était en son pouvoir pour permettre à Ibro de se tenir devant vous ce soir. Vous informez sur la non-tenue de ce spectacle permet aussi de mettre le doigt sur la difficultés de certain artistes à montrer leur travail, à circuler, à vivre librement. C’est une réalité que nous continuerons ensemble à combattre. Et nous sommes sûrs que la venue d’Ibro sur le festival ne sera que partie remise.

Devant l’incapacité de pouvoir faire autrement, le spectacle d’Ibro « Le Zéhéro » a dû être remplacé. Vous allez donc entendre Abakar Adam Abaye, une autre voix d’Afrique, mais une voix voisine et commune dans la nécessité de parler autrement de ce continent, de faire voler les clichés les éclats, de dire par le conte et l’imagination un réel qui parfois dérange.

Ouvrez grand vos oreilles, c’est parti !
Valentine Racine, Frontal

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Caméra d’or « Quelque part vers Conakry » de Françoise Ebrard

retrouver ce média sur www.ina.fr

« La Parole bâillonnée »

Non, il ne s’agit pas d’une fiction de plus dans un festival de contes, même si cette histoire, comme les autres, pourrait facilement commencer par la formule magique  « il était une fois » !

Non, il ne s’agit pas d’un conte, mais malheureusement d’une réalité qui se conjugue au présent.

« Le Zéhéro n’est pas n’importe qui » !

Le titre du spectacle d’Ibrahima Bah, conteur guinéen programmé au Festival des Contes Givrés 2010 en Bourgogne, est déjà, en soi, tout un programme ! Et il sent le souffre qui plus est !

Et c’est peut-être précisément cette odeur de souffre qui fait que sa sécurité est devenue aujourd’hui très aléatoire dans son propre pays.

Plus aléatoire encore depuis le massacre du 28 septembre 2009 qui fit, dans un stade de Conakry, plus de 140 victimes sous les balles de la Junte militaire aux ordres de D. Camara.

Depuis, le pays est traumatisé et au bord de la guerre civile.

Et Ibrahima BAH s’est réfugié en France où il a demandé l’asile politique. Ce qui le contraint, ici aussi, à rester muet et à attendre des jours meilleurs.

La Parole de Ibrahima Bah est donc doublement bâillonnée, et nous sommes désolés d’annuler sa prestation.

Il sera remplacé par le conteur Tchadien Abakar Adam Abaye, qui présentera un spectacle intitulé « LE TROISIEME OEIL ».

Geo

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