A ceux qui sont morts le 15 novembre 2015…

Birago-DiopUN POEME de l’écrivain sénégalais BIRAGO DIOP, avec des mots si beaux, si justes et si forts qu’on le croirait écrit pour la circonstance tragique que nous traversons !

SOUFFLES

Écoute plus souvent Les choses que les Etres,
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’Eau,
Écoute dans le Vent le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des ancêtres…

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’Ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, Ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le Sein de la Femme,
Ils sont dans l’Enfant qui vagit
Et dans le Tison qui s’enflamme.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont ans le Feu qui s’éteint,
Ils sont dans les herbes qui pleurent,
Ils sont dans le Rocher qui geint,
Ils sont dans la Forêt, Ils sont dans la Demeure,
Les Morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent Les choses que les Etres,
la voix du feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le vent le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

Il redit chaque jour le Pacte,
Le Grand Pacte qui lie,
Qui lie à la fois notre sort,
Aux Actes des Souffles plus forts,
Le Sort de nos morts qui ne sont pas morts,
Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie !

Birago DIOP – Ecrivain sénégalais.

SAGOLOBA

Une réflexion au sujet de « A ceux qui sont morts le 15 novembre 2015… »

  1. Il y a aussi ce très beau texte de Jacques Lacarrière et sa parole ouverte sur le monde… datant de 1985 mais tellement d’actualité !

    Lettre à mon fils (extrait)

    … Quels que soient mes choix personnels et plus tard ceux qui seront les tiens, reste à créer ce que nous devrons vivre, ici et maintenant, sur cette terre et avec les autres. Reste l’essentiel de la vie : devenir pleinement un homme. Accomplir ce que l’on juge inaccompli, en soi et autour de soi. Parfaire ce qui est imparfait, en soi et autour de soi. Bien sûr les voies recommandées, les voies recommandables, sont d’abord celles de l’amour et de la compassion. Mais aussi celles de la vigilance et de la solidarité. Celles de l’élan et de la générosité. Celles de l’éveil et de la lucidité.

    S’il faut en croire les astrologues, nous sommes, et pour très longtemps, entrés dans le règne et l’ère d’Uranus, la planète de la violence gratuite et arbitraire, la planète du terrorisme par excellence. C’est là, sache-le bien, le nouveau et terrifiant visage du Dragon. Son feu est celui des bombes, ses ailes celles des missiles et son corps, la carcasse des voitures piégées. Si terrifiant et si rusé soit-il, je crois pourtant qu’on peut le vaincre si l’on croit pleinement et passionnément en ce monde, si on croit à ceux qui nous sont proches comme à ceux qui nous sont lointains, à ceux que l’on connaît par le hasard de la naissance et de l’éducation comme à ceux que l’on a choisis de rencontrer et de connaître. Il faut aimer le monde, si l’on veut le parfaire. Les révolutions ont échoué – j’entends les révolutions politiques – parce que toutes voulaient changer, parfaire le monde alors qu’elles le haïssaient. Méfie-toi aussi du détachement. Détache-toi de l’inessentiel, des mirages que proposera ce monde de gaspillage et d’égoïste enfermement, mais attache-toi au contraire à ses faiblesses et à ses fragilités. Affranchis-toi de ce qui paraît rapporter. Il y a tant de beautés sensibles et secrètes en ce monde et surtout tant d’étonnants mystères qu’il importe de respecter !
    Jacques Lacarriere
    « Question de », 1985

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