Archives mensuelles : décembre 2015

MATIN BRUN….

Pour ceux qui ne connaissent pas encore cette petite histoire….écrite par Frank PAVLOFF et publiée aux EDITIONS CHEYNE – (Bois de la Chaumette – 07320 – DEVESSET) sous le titre « MATIN BRUN ».

C’est une histoire pourrait se situer dans n’importe quel pays, à une époque trouble, traversée par d’étranges courants socio-politiques, chacun revendiquant bien sûr sa propre VERITE…, au nom d’un régime qui ne s’avoue pas tout de suite « totalitaire » : l’ETAT BRUN.

Charlie et son ami devisent calmement à une terrasse de café. Ce sont des gens ordinaires : ni héros, ni franchement quelconques … Simplement, pour éviter de se poser des questions, ou de tomber dans des cas de conscience ennuyeux, ils détournent les yeux… Comme tout le monde quoi ! Ou presque… Mais sait-on assez où risquent de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d’entre-nous ? Au moment où nous les rejoignons, Charlie et son ami parlent de l’actualité du jour : des chats ou des chiens qui disparaissent brusquement…

Quand Charlie m’a dit qu’il avait dû faire « piquer » son chien, ça m’a surpris mais sans plus. C’est toujours triste un clebs qui vieillit mal. Passé quinze ans, il faut se faire à l’idée qu’un jour ou l’autre il va mourir. « Tu comprends, c’est un labrador, et je ne pouvais pas le faire passer pour un brun. Mais il avait quoi au juste, ton chien, comme maladie ? » – « C’était pas un chien brun, c’est tout. !! »

  • Mince alors ! Comme pour les chats maintenant ?
  • Oui, pareil. Pour les chats, j’étais déjà au courant. Le mois dernier j’avais dû me débarrasser du mien, un chat de gouttière. C’est vrai que la surpopulation des chats devenait insupportable, et que d’après les « statistiques » de l’Etat National, il valait mieux garder les BRUN. Que des BRUN ! Ma foi, un chat c’est un chat, et comme il fallait bien résoudre le problème d’une façon ou d’une autre, va pour le Décret qui instaurait la suppression des chats qui n’étaient pas BRUN. En plus, c’était GRATUIT ! Les milices de la ville distribuaient gracieusement des boulettes de poison. Mélangées avec la pâtée, elles expédiaient les matous en moins de deux… !
  • Les chiens, ça m’avait surpris un peu plus. Parce que c’est plus gros ? Ou parce que c’est le compagnon de l’homme comme on dit ? Quelque temps après, c’est moi qui avait appris à Charlie que le journal de la ville ne paraîtrait plus ! Il en était resté sur le cul ! Un journal qu’il ouvrait tous les matins en prenant son café-crème !
  • « Ils ont coulé ? Ils sont en faillite ? » .
  • « Non non, c’est la suite de l’affaire des chiens bruns !
  • « Des chiens Brun ?
  • « Oui, toujours !
  • Les lecteurs ne savaient plus que penser ! Certains même commençaient à cacher leur clébard ! Et puis sans journal quotidien, plus de nouvelles sportives ! Plus de résultats des courses ! Pas plus que ceux de la Bourse ! Il y avait bien maintenant « Les NOUVELLES BRUNES » dont chacun était devenu lecteur assidu par obligation ! Mais comme les clients du bistrot continuaient leur vie comme avant, j’avais sûrement tort de m’inquiéter !
  • Après, ça avait été le tour des livres de la BIBLIOTHEQUE, une histoire pas très claire encore ! Les maisons d’édition qui faisaient partie du même groupe financier que le « quotidien disparu » étaient poursuivies en justice, et leurs livres interdits sur les rayons des bibliothèques.
  • Par mesure de précaution, Charlie et moi avions pris soin de rajouter BRUN ou BRUNE à la fin des phrases ou à la fin des mots. Au début, demander un PASTIS BRUN, ça nous avait fait drôle, mais après tout, le langage c’est fait pour évoluer… On avait même fini par toucher le tiercé ! Oh, pas un gros ! Mais tout de même, notre premier TIERCE BRUN, ça nous avait aidés à accepter les tracas de la nouvelle réglementation.
  • Et puis, hier, incroyable, moi que me croyais en paix, j’ai failli me faire piéger par les miliciens de la ville, ceux habillés de brun, les pires, qui ne font pas de cadeaux ! Ils ne m’ont pas reconnu ! Vu qu’ils ne connaissent pas encore tout le monde !
  • J’avais rendez-vous avec Charlie pour taper le carton. Et là, surprise totale ! La porte de son appart avait volé en éclat ! Deux miliciens plantés sur le palier faisaient circuler les curieux. J’ai fait semblant d’aller dans les étages supérieurs, et je suis redescendu par l’ascenseur. En bas, les gens parlaient à mi-voix.
  • « – Pourtant, son chien c’était un VRAI BRUN, on l’on bien vu nous !
  • « – Ouais, mais ce qu’ils disent, c’est que, avant, il en avait un noir, pas un brun. Un noir.
  •  « – Avant ?
  • – « Oui, avant. Le délit maintenant, c’est aussi d’en avoir eu un  qui n’aurait pas été BRUN. Et ça ne c’est pas difficile à savoir, il suffit de demander au voisin…
  • Ce matin RADIO BRUNE a confirmé la nouvelle. Charlie fait sûrement partie des cinq cents personnes qui ont été arrêtés ! « Avoir eu un chien ou un chat non conforme, à quelque époque que ce soit, est un délit ! »
  • « Et j’ai bien noté la suite : MEME SI ON N’A PAS EU PERSONNELLEMENT UN CHAT OU UN CHIEN NON CONFORME, MAIS QUE QUELQU’UN DE SA FAMILLE, un PERE, un FRERE, une COUSINE par exemple, en a possédé un, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, on risque soi-même de graves ennuis… !
  • Je n’ai pas dormi de la nuit. J’aurais dû me méfier des BRUN dès qu’ils nous ont imposé leur première loi sur les animaux. On aurait dû dire NON ! RESISTER DAVANTAGE ! Mais comment ? ça va si vite ! Il y a le boulot, les soucis de tous les jours ? Les autres aussi baissent les bras pour être un peu tranquilles, non ?

On frappe à la porte ! Si tôt le matin, ça n’arrive jamais ! J’ai peur ! Le jour n’est pas levé, il fait encore brun dehors. Mais arrêtez de taper si fort, j’arrive… !

Cette petite fable est-elle assez claire ?

Sagoloba